Position

Nous sommes contre le Chat Control.

Scanner les messages privés de 450 millions de personnes qui ne sont soupçonnées de rien, ce n'est pas protéger les enfants. C'est renverser la présomption d'innocence — et casser la seule chose qui protège encore les journalistes, les médecins, les victimes et les sources.

Dernière mise à jour : 14 / 07 / 2026
TL;DR

Nous nous opposons au scan généralisé des communications. Pas par posture : parce que ça ne marche pas, que ça crée une porte dérobée sur chaque téléphone, et qu'une cour européenne a déjà jugé que casser le chiffrement viole les droits fondamentaux. Nøbody, lui, ne peut techniquement pas scanner tes messages — et ça, c'est vérifiable dans le code.

Où en est le texte, factuellement

Beaucoup de bruit circule. Voici l'état réel du dossier, sans dramatisation ni minimisation.

En vigueur

« Chat Control 1.0 » (dérogation temporaire) a été prolongé jusqu'en avril 2028. Mais il ne vise que les messages non chiffrés, le scan y reste volontaire, et un amendement en exclut explicitement les communications chiffrées de bout en bout.

Pas adopté

« Chat Control 2.0 » (le règlement CSAR permanent) n'est pas une loi. Les négociations ont échoué à répétition sur le scan sans soupçon. Le Conseil avait déjà abandonné le scan côté appareil obligatoire fin 2025. Le texte revient, la vigilance reste nécessaire.

Jurisprudence

La Cour européenne des droits de l'homme a jugé (Podchasov c. Russie, 13 février 2024) qu'affaiblir le chiffrement de bout en bout ou imposer des portes dérobées viole l'article 8 de la Convention. Exiger le déchiffrement « ne peut être regardé comme nécessaire dans une société démocratique ».

Pourquoi nous sommes contre

01

Ça ne marche pas. Ce ne sont pas nous qui le disons.

Plus de 500 cryptographes et chercheurs en sécurité de 34 pays ont signé une lettre ouverte qualifiant le projet de « techniquement infaisable » et de « danger pour la démocratie ». Il n'existe aucune base scientifique permettant d'affirmer qu'on peut scanner des centaines de millions de messages avec une précision acceptable. Et la détection se contourne trivialement : les vrais criminels n'utiliseront tout simplement pas les canaux scannés. On construit une machine de surveillance qui rate sa cible.

02

Ça noierait les enquêteurs sous les faux positifs

À cette échelle, même un taux d'erreur minuscule produit un tsunami de signalements erronés : des familles qui échangent des photos de vacances, des adolescents dans une relation consentie, des médecins qui s'envoient des images médicales — tous placés sous suspicion automatique. On ne protège pas les enfants en ensevelissant les enquêteurs sous du bruit. On leur retire du temps pour les vraies affaires.

03

Une porte dérobée sur chaque téléphone n'a pas de camp

Analyser les messages avant chiffrement, c'est installer un mouchard dans chaque appareil d'Europe. Ce mécanisme devient un point de défaillance unique — et une cible de très grande valeur. Une porte ouverte pour la police est une porte ouverte, point : pour les groupes criminels, pour les services étrangers, pour quiconque trouvera la faille. On ne peut pas construire une backdoor qui ne s'ouvre que pour les gentils.

04

Ça frappe exactement ceux qu'il faudrait protéger

Le chiffrement n'est pas un luxe de paranoïaque. C'est l'outil de travail des journalistes et de leurs sources, des avocats, des médecins, des militants, des victimes de violences qui fuient un conjoint — et, ironie, des policiers et des élus eux-mêmes. Signal a annoncé qu'il quitterait l'UE plutôt que de se saborder. Quand une loi censée protéger les plus vulnérables retire leur seule protection aux plus vulnérables, il faut la relire.

05

Et sur le principe : on ne fouille pas tout le monde

Personne n'accepterait qu'un agent ouvre chaque lettre, écoute chaque conversation au café, et fouille chaque tiroir — au cas où. La surveillance générale et indifférenciée de personnes qui ne sont soupçonnées de rien, c'est exactement ce que la CEDH a refusé de considérer comme « nécessaire dans une société démocratique ». La vie privée n'est pas quelque chose qu'on mérite en n'ayant rien à cacher. C'est un droit.

Ce que ça veut dire pour Nøbody

Nous ne te promettons pas de « refuser de scanner ». Une promesse se brise ; une architecture, non. Tes messages privés sont chiffrés de bout en bout et les clés ne quittent jamais ton appareil : le serveur ne peut pas lire ton contenu, donc il ne peut pas l'analyser — même sous contrainte. Il n'existe aucun scan côté appareil dans l'app.

Et surtout : tu n'as pas à nous croire sur parole. Le code est libre (AGPL-3.0) et compilé depuis les sources. N'importe qui peut vérifier qu'aucun mouchard n'y est caché. C'est précisément pour ça que le logiciel libre compte : c'est la seule défense qui survit au fait que nous soyons, un jour, contraints ou rachetés.

Durcis ton téléphone (le vrai maillon faible)

Soyons honnêtes : le maillon faible n'est presque jamais le serveur. C'est ton téléphone. Un chiffrement parfait ne sert à rien si le système d'exploitation qui affiche le message en clair travaille contre toi. Chat Control ou pas, c'est là que se joue ta vie privée.

Notre recommandation : GrapheneOS sur un Google Pixel

Oui, l'ironie est assumée : on te conseille d'acheter du matériel Google pour te débarrasser du logiciel Google. Ce n'est pas un soutien à Google — c'est une constatation technique. Le Pixel est aujourd'hui le seul matériel grand public qui te laisse réellement reprendre la main sur la chaîne de démarrage :

Honnêteté : ce n'est pas une baguette magique. Certaines applications bancaires refusent de fonctionner, l'installation demande un peu de travail, et rien de tout ça ne te protège si on te force à déverrouiller ton téléphone. Le durcissement réduit la surface d'attaque, il ne supprime pas le risque. Méfie-toi de quiconque te vend une solution « inviolable » — nous y compris.

La combinaison que nous recommandons : GrapheneOS (grapheneos.org) + Nøbody + le mode Tor (via Orbot) + vérifie les numéros de sécurité de tes conversations + un code PIN sur l'app. Chaque couche est indépendante : si l'une tombe, les autres tiennent.

Sources

Vérifie par toi-même. Ne nous crois pas sur parole — c'est tout l'intérêt.